LE  20  MAI  1940  À  LA  CHAUSSÉE - TIRANCOURT

Alors que l'ennemi penètre dans Amiens, ce lundi 20 mai 1940 vers 11 h, notre village est bombardé et mitraillé. En l’espace de quelques minutes, des dizaines de bombes sont lâchées, semant la mort dans la population.

En bombardant les colonnes de réfugiés, les Allemands semaient la panique, ce qui leur permettait d’aller vite : ils n’avaient pas oublié qu’en 1914, faute de précipitation, ils n’avaient pu envahir Paris. On peut être tenté de faire un rapprochement entre les événements de 1914 et ceux de 1939. A deux reprises, l’ennemi qu’on attendait dans l’est passe par le nord avant de fondre sur Paris dans une manœuvre de contournement de notre capitale.

En 1914, nos vaillants poilus avaient mis fin à cette folle avancée par leurs sacrifices lors de la première bataille de la Marne; malheureusement, en 1940, rien ne put être opposé au rouleau compresseur allemand.

Trois soldats furent tués dans les champs en essayant de se cacher près des meules entre le chemin de Vignacourt et le lieu-dit «Jean Denamps»; il s’agit de :

- RICHARD Camille : Classe 1938. Recrutement d’Arras N° 194, soldat.
- BRAZIER Hippolyte : Né le 25 Décembre 1897 à Boiry-Notre-Dame (Pas-de-Calais), et y demeurant, affecté spécial aux fonderies laminoires de Biaches-Saint-Vaast (P.de C.).
- THERY Louis : Né le 13 Décembre 1898 à Boiry-Notre-Dame(P.de C.), classe 1916, affecté également aux fonderies de Biaches-Saint-Vaast.

Dans le village, on dénombre 14 victimes civiles, dont 6 de La Chaussée-Tirancourt :

- Marthe HORVILLE, épouse TOURNEUR, 39 ans,
- Albert FERTEL, 49 ans, employé aux Chemins de Fer du Nord,
- Palmyre CARON, célibataire, 78 ans,
- Louise HORVILLE, épouse FOURNY, 62 ans,
- Marthe CARON, épouse BONDOIS, 64 ans,
- Henry FOURNY, décédera quelques jours après son épouse, Louise HORVILLE, le 27 Mai, des suites de ses blessures, il avait 66 ans.

Les autres étaient des réfugiés venant du Nord ou de la Belgique :

- Louis DECAUDIN, 16 ans, décédé chez M. Fourny.

- Gervais DELASSUS, 38 ans, natif de Long.

- Valentine DUPUIS, 59 ans, sage-femme, native de Douay (Nord).

- Jeanne LEPRETRE, 58 ans, native de Nuncq, Pas-de-Calais.

- Pierre BOITELLE, 18 ans, employé aux Chemins de Fer du Nord en gare de Picquigny; il habite à Belloy-sur-Somme.

- Louis-Arsène DEZERE, 20 ans, natif de Cambrai, Nord, décédé au lieu-dit «le Jeu de Ballon».

- Mélanie de XHARDE, 77ans, native de Lamaye, Belgique.

- Lucien RUFFLART, 43 ans, natif de Kain, Belgique.

Collection Jean BONDOIS

Les bombes touchèrent surtout la Rue du Puits, derrière la Mairie, la Rue du Jeu de Ballon (actuelle Rue de la Carrière), la Rue du Marais et la Rue de Picquigny.

Camille RICHARD

Le 20 Mai 1940 fera en tout 17 victimes, certaines recevront ultérieurement la mention: «Mort(e) pour la France».
Le soldat Camille RICHARD, n’ayant pas de famille, fut enterré dans un premier temps dans les champs, au lieu-dit «Le Camp Jean Denamps» puis dans le cimetière communal, près des tilleuls, avant d’être inhumé au pied du monument aux morts de la commune le 20 Mai 1954 lors d’une touchante manifestation du souvenir qui eut lieu ce jour là.

En effet, le Conseil Municipal, présidé par M. Pierre BONDOIS avait décidé d’adopter ce Français et de lui donner une sépulture digne de son sacrifice. La dernière étape de Camille RICHARD est marquée par une pierre dont l’originalité et la conception sont dues à l’initiative d’un conseiller municipal.

En ce 20 Mai 1954, après la messe célébrée par M. le doyen de Picquigny, un long cortège se forma sur la Place, entraîné par la clique des sapeurs pompiers de Picquigny. Après un arrêt devant la plaque rappelant la mort de M. Henry de FRANCQUEVILLE, maire de la commune, le 1er septembre 1944, jour de la libération du village, le cortège s’achemina vers le monument où 2 anciens combattants (jeune et vieux) gardaient la stèle érigée pour Camille RICHARD, soldat au 1er R.I. M. BONDOIS remit solennellement cette pierre aux A.C. et A.C.P.G. de la localité qui prirent la charge d’entretenir cette sépulture, puis il prit la parole pour donner l’historique et le sens de cette cérémonie avant de donner la parole à M. MOINE, président des Anciens Combattants de la commune qui, dans un vibrant discours, évoqua les 2 guerres et fit l’apologie de Camille RICHARD, né le 18/10/1918, jour de la Libération de Lille :

« Le soldat Camille RICHARD qui a fait son devoir pour la France, innocent du désastre, ignorant les affronts, n’ayant pu savourer la victoire. Mourir à Verdun, sur l’Yser, à Salonique, en mai 40, ou en septembre 44, c’est toujours mourir pour que flottent nos trois couleurs sur un coin de notre sol», dira M. MOINE, ajoutant: «il ne suffit pas de retrouver nos morts passagèrement à une cérémonie officielle, mais plutôt chaque jour, dans l’acte de leur donation qui doit se prolonger en nous et par nous, à la lumière de leurs exemples. »

Parmi les personnalités présentes ce dimanche, on notait la présence de M. VALENCELLE, cultivateur près d’Arras, ancien patron du jeune Camille.

A la fin de la cérémonie, la jeune clique de La Chaussée-Tirancourt exécuta « la Marseillaise », puis un vin d’honneur fut servi dans la salle du café de la Place tenu par M. et Mme LECLERC.

Le soldat Camille RICHARD repose devant le monument aux morts.
 

Souvenirs de René MATIFAT, enfant le 20 Mai 1940.

René MATIFAT
« Cette année 1940 a marqué toute mon existence, devrais-je vivre jusqu’à 100 ans !
Cette guerre qui avait commencé sur un rythme de valse hésitation avait été marquée par un hiver particulièrement cruel, mais ce n’était encore qu’un moindre mal, quoique commençait un rationnement en charbon assez dur. J’avais été élevé dans un milieu assez « cocardier » surtout du côté de ma mère. Les affiches présentes partout nous assuraient de notre invincibilité: nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts et aussi grâce à l’acier victorieux. Nous ramassions toutes les ferrailles les plus inimaginables. Toute cette marchandise allait atterrir à Amiens et, plus tard, partir pour le Reich.
Pendant ce temps, les pamphlets les plus «bébêtes» circulaient sur le sieur Adolphe et son acolyte Benito. La suite des événements allait faire basculer mon admiration sur nos chefs militaires et l’armée Française, et c’est là que va commencer mon commentaire sur les événements de Mai 1940.
L’hiver commençait à peine à s’essouffler, vers le 15 Avril 1940, que les hordes nazies se lançaient à l’assaut de la Norvège; ensuite ce fut le tour de la Hollande et de la Belgique. Au début de Mai, les écoles fermèrent pour être transformées en centres d’accueil. La Chaussée-Tirancourt connut un déplacement ininterrompu de véhicules civils et militaires de 4 nations: Hollande, Belgique, France et Angleterre. Il y avait dans la nuit du 19 au 20 Mai environ 3000 réfugiés dans notre commune, rien que chez ma mère, il y en avait 14. Le moindre tas de paille faisait l’affaire. Les bruits les plus fous circulaient: d’après des réfugiés de Saint-Maurice, les Allemands attaquaient la Citadelle… On voyait des espions partout (ça n’était peut-être pas un mythe). Un couple de vieux réfugiés belges, avant de nous quitter, enjoignit à ma mère de préparer ses bagages en disant: «ils seront là ce soir ! ».

Ils avaient raison. Et c’est comme cela que commença la fameuse journée du 20 Mai. Le flot des véhicules semblait moins dense mais les incursions d’avions allemands plus fréquentes.
Nous descendîmes 4 ou 5 fois dans la cave de la Mairie, sans que rien ne se passe. Jacqueline VICART proposa à ma mère de nous emmener avec elle.
Vers 11 heures, nouvelle alerte mais cette fois ce fut pour de bon. Je me rappelle qu’une formation de stukas volait très haut et d’un seul coup ce fut le silence, plus de ronronnements de moteurs! un cousin de M. THERY qui était assez âgé (il avait fait la guerre de 1914) nous dit: «descendons en vitesse, ils piquent!» et ce fut vrai, les avions remirent les gaz, déclenchèrent leurs sirènes et lâchèrent leurs torpilles. La première écrasa le pavillon tout neuf de Mademoiselle LEDUC, tuant Mme BONDOIS et Melle Palmyre CARON. J’étais le dernier à descendre dans la cave, je reçus sur le dos quantité de briques et de morceaux de bois, sans aucune égratignure. En déboulant dans la cave, je m’assis sur un panier d’œufs et j’eus une belle omelette au derrière. La petite Evelyne THERY qui avait environ deux ans était assise sur les genoux de sa maman, elle tendait son doigt vers le ciel en disant : «avion, avion…». Il devait hélas tomber bien d’autres bombes faisant bien des victimes et bien des dégâts.

Quand l’affaire fut terminée, nous sortîmes à grand peine de la cave, tant il y avait de décombres de toutes sortes. Dehors régnait la plus grande confusion, d’abord une lumière jaune (sans doute les particules jaunes du torchis) et une odeur piquante de soufre contenu dans les explosifs. Les fils électriques et téléphoniques pendaient lamentablement, partout du verre cassé, des débris de tuiles… des gens qui se précipitaient vers les marais où les bombes disait-on n’éclataient pas. Une vieille dame énorme courait elle aussi vers les marais salvateurs en criant :

« Mon Diu, mon Diu, vlo chés Allemands, à m’n’âge ché ti point un malheur...». A sa vue, j’eus presque envie de rire, ma mère s’en aperçut et me gronda. Ma mère prit alors les affaires qu’elle avait préparées et nous partîmes à 3 (maman, ma sœur et moi) chez Charles VASSEUR. Nous attendîmes Eugène VASSEUR, sa femme et ses deux fils dont l’un était le chauffeur du véhicule qui devait nous emmener, ces gens venant de Vaux-en-Amiénois via Saint-Vast-en-Chaussée aperçurent des jeunes soldats SS en tenue de combat, en passant devant le cimetière, ces derniers étaient en planque dans les haies des pâtures transformées aujourd’hui en lotissement. Dès qu’ils furent arrivés chez Charles VASSEUR, celui-ci nous conseilla de partir au plus vite car on pouvait entendre le bruit des chenilles des Panzers qui arrivaient. Nous traversâmes la Somme à Hangest-sur-Somme, une demi-heure avant que le pont ne saute. Je ne devais jamais voir les Allemands à La Chaussée-Tirancourt, en effet, parti le 20 Mai 1940, je ne revins qu’en juillet 1946.
Notre famille évacua en Charente, où mon père après avoir été démobilisé, nous rejoignit et y travailla quelques années. »

Lundi 20 mai 1940. Pierre TOURNEUR : récit d’une journée dramatique.
Pierre TOURNEUR
« A l’aube naissante de ce lundi 20 mai 1940, des détonations très proches ébranlent les maisons. Nous sommes rapidement tirés hors du lit. Toute la nuit le flot des gens du Nord et des Belges fuyant l’invasion allemande ne s’est pas ralenti. Les débris de notre armée en déroute ajoutent à la confusion. Dans la journée et la soirée d’hier, ma mère a distribué du café et quelques vivres à cette population en débandade. Nous avons été intrigués par le comportement d’un homme assez jeune, qui, au moment de boire sa tasse de café à la table familiale l’a échangée rapidement contre celle de mon père. Par crainte d’empoisonnement ? Sans doute, cet individu craignait d’être piégé après avoir été démasqué. « La cinquième colonne » était donc bien parmi nous.
Ce matin l’atmosphère est lourde d’angoisse. La radio égrène des informations peu rassurantes, pourtant bien loin de la cruelle réalité. Mon père, facteur des PTT, décide d’aller à la poste de Picquigny pour prendre des directives sur la conduite à tenir, partir ou rester. Nous abandonnons donc dans le jardin le creusement d’une tranchée qui est sensée assurer notre protection en cas de bombardement. De notre maison (Pierre habitait à l'angle de la rue de la Fontinette et de la rue Jean Catelas ; la maison est aujourd'hui démolie), au bord de la route qui mène à Picquigny, nous jetons un regard sur le déferlement de marée humaine qui n’en finit pas. Amiens brûle, des immenses panaches de fumée noire assombrissent le ciel. Des rafales de mitrailleuses et des explosions plus ou moins lointaines ponctuent des minutes où la peur va grandissante. Nous apercevons six avions au nord de La Chaussée, volant d’est en ouest. Ils allaient être nos assassins et nous ne le savions pas.
Il est décidé avec ma mère et mon frère, à peine âgé de 8 ans, d’aller chercher refuge dans cette tranchée inachevée. Mon père, n’ayant pas trouvé d’interlocuteur à la poste de Picquigny, nous y rejoint. Quelques bombardiers allemands passent assez haut dans le ciel en direction d’Abbeville. Ils tirent quelques rafales je ne sais où. Plusieurs voisins sont là, Germaine DROUARD, Madame HUGUES, Paul SEHET qui possède un jardin à côté. L’échange d’impressions est de courte durée.
Les six avions « Stukas » observés précédemment arrivent en piqué par l’ouest. Ils sont déployés sur toute la largeur de notre village. Dans le hurlement épouvantable de leurs sirènes, ils lâchent leurs chapelets de bombes. Je vois des gerbes de flammes et de fumées noires s’élever de la rue du Marais et vers la Mairie. Simultanément un chapelet de quatre bombes tombe sur la maison de Monsieur RETHEL, à vingt mètres de notre groupe. Je suis assommé, sourd, ensanglanté et couvert de terre. Je perds conscience quelques instants. Il est difficile de croire à l’horreur du spectacle, je me dis: c’est un cauchemar. Mon frère est debout, à ma droite, hébété, couvert de terre, de sang, l’œil crevé coulant sur son visage. Il dit: «Papa, je ne vois plus clair». Ma mère gît à ma gauche, recroquevillée, la face contre la terre éboulée du remblai de la tranchée. Je la relève en lui disant: C’est fini, Maman. Elle retombe lourdement. Elle est morte. Le drame est à son comble. J’essaie de me lever. Mon regard ne peut se détacher de ce flot de sang qui s’échappe de sa tempe droite.
Stuka semant la mort…
J’ai reçu de nombreux petits éclats dans le visage, l’épaule droite, les jambes, le genou gauche, qui est très enflé. Le sang coule abondamment, ruisselant dans mes chaussures. Je secoue la terre dont je suis recouvert. Mon père, assommé par une brique, se tient la poitrine à l’autre bout de la tranchée. Nos voisins sont également blessés, Germaine DROUART et Mme HUGUES ont le visage en sang. Paul SEHET a reçu également quelques éclats. Il était allongé sur le remblai de la tranchée et ses sabots ont été traversés par de petits éclats.
On peut penser que mon frère, apeuré, a voulu rejoindre mon père et que ma mère, dans un réflexe, s’est levée pour le protéger au moment de l’explosion des bombes.
De la fumée stagne et l’air est irrespirable. Un homme inconnu se tord de douleur à terre. Deux soldats belges, avec une échelle en guise de brancard, essaient de l’emmener. Il décède quelques instants plus tard. Je me précipite vers notre maison. La route est déserte, quel contraste! Un véhicule dont les caractéristiques me sont totalement inconnues surgit. Deux silhouettes émergent, poussiéreuses, hautaines (déjà). Je hurle: «Sales boches, vous avez tué ma mère!». Mon cri se perd dans le bruit de l’engin qui fonce vers Picquigny. J’apprendrai plus tard qu’un char allemand a tué un soldat français en haut de la côte de Vignacourt alors que celui-ci cherchait à se cacher près d’une meule de paille. Je rejoins mon père dans la maison.
Nous n’avons plus qu’une idée en tête, sauver mon frère qui est gravement touché. Tout manque pour le soigner. Un foulard est appliqué sur ses blessures en guise de pansement. Puis c’est la fuite dans le marais de La Chaussée par l’impasse de «Ch’Richou» (il s'agit de la rue de la Fontinette), abandonnant notre maison aux vitres brisées. La pendule s’est arrêtée à 9h50. Un saladier contenant de la farine de maïs est parsemé de débris de verre, je ne saurai jamais ce que ma mère voulait en faire. Nous repassons par la tranchée de notre malheur pour recouvrir ma mère d’une couverture. De nombreux réfugiés se cachent dans le marais. Des guidons de bicyclettes scintillent au soleil, offrant de belles cibles aux avions allemands en quête d’objectifs. Je porte mon frère sur le dos, relayant mon père. Quelques minutes de repos dans un bosquet sont bienvenues. Puis c’est la traversée au pas de course d’une pâture avant de nous écrouler dans un fossé de la route de Belloy à La Chaussée. Mon père arrête un motocycliste français qui file vers La Chaussée. Il lui dit: «Ne va pas là-bas, les boches sont dans le village, cherche-moi une ambulance, mon fils va mourir». Le soldat nous regarde et répond: «Je vais voir». Nous ne l’avons jamais revu. Un garçon boulanger compatissant passant avec la camionnette de son patron consent après quelques atermoiements, bien compréhensibles, à nous emmener à Flixecourt pour y être secourus. Ce véhicule solitaire offre une cible idéale à l’ennemi terrestre et aérien.
Nous doublons un détachement de fantassins anglais qui bat en retraite en bon ordre. En ces lieux et à cette heure, le flegme britannique n’est pas un vain mot. Flixecourt est atteint après d’angoissantes minutes. La gendarmerie est ouverte, déserte. Un gendarme affolé indique qu’il a reçu l’ordre de partir et qu’il ne peut rien pour nous. Il joint le geste à la parole. Dans les rues, c’est la même panique. Nos blessures nous rendent fiévreux, nous n’en pouvons plus. La marche vers l’ouest continue. Plusieurs alertes nous couchent dans les fossés, protégeant mon frère de notre mieux. Au nord, vers Vignacourt, des dépôts d’essence de la Royal Air Force brûlent. Le ciel est noir. Deux spahis à cheval, dont un blanc, trottent vers Mouflers. Les chevaux de l’apocalypse sur vision d’enfer. Nous croisons un soldat français casqué, un fusil dans la main droite, une bouteille de bière dans l’autre; lui indiquant que la direction de Flixecourt est dangereuse pour lui, il répond que ce n’est pas une poignée de boches qui lui fait peur.
Nous atteignons un bois à l’est de Mouflers. Allongés derrière un arbre, nous écoutons les bruits susceptibles de nous renseigner sur la situation. Des ronflements de moteurs puissants et des grincements de chenilles de chars se font entendre à proximité. C’est inutile d’aller plus loin. Dans le bois, deux parachutistes allemands en civil progressent d’arbre en arbre. Ils indiquent à un ami valenciennois de rencontre que ce sont les allemands qui passent sur la route et que nous allons être prisonniers. Nous sortons du bois. Un motard allemand nous croise à une vitesse folle. Les avions mitraillent sur la rive gauche de la Somme… encore française. Pour nous c’est fini, nous sommes sous la férule de l’occupant.
Il faudra attendre plusieurs jours à Flixecourt avant d’être sommairement soignés par des infirmiers de la Croix-Rouge internationale et ensuite par des médecins… allemands sous le regard haineux de blessés ennemis touchés par des tirs français lors de la bataille de la Somme, du côté d’Hangest »
Marthe HORVILLE épouse TOURNEUR
Morte pour la France le 20 Mai 1940


« A ma mère, Aux martyrs calcéens du 20 mai 1940 »
Pierre TOURNEUR